Zones défavorisées : des villages de l'Aude se mettent en vente

La nouvelle carte des zones défavorisées déclenche des réactions...

LE FIGARO ECONOMIE - Par Clémentine Maligorne AFP agence - Publié le 17/02/2018

Saint-Julien de Briola, Fanjeaux, Orsans, Laurac, Generville, Gaja-la-Selve, Villautou... Ces villages protestent contre l'exclusion possible de leurs éleveurs de la carte des zones défavorisées dont la réforme est en discussion.

À vendre, «village fort sympathique» ou «pittoresque». Depuis quelques jours, des annonces quelque peu insolites fleurissent sur Leboncoin.fr. Plusieurs petites communes de La Piège dans l'Aude - Saint-Julien de Briola, Fanjeaux, Orsans, Laurac, Generville, la Piege Saint Amans, Gaja-la-Selve, Villautou ou encore Lacassaigne - sont en vente sur le site internet. Autant de villages ruraux qui protestent ainsi symboliquement contre l'exclusion possible de leurs éleveurs de la carte des «zones défavorisées», dont la réforme est actuellement en discussion. Un zonage vital pour certains territoires, puisque ce statut de «zone défavorisée» débloque le versement d'aides importantes de la part de l'Union européenne.

Aucun prix n'est indiqué, si ce n'est que les annonces se terminent toutes par cette mention: «pour le prix, s'adresser à: Mr Travert Stéphane, Ministre de l'Agriculture», avec le numéro de téléphone, et parfois l'adresse du ministère à Paris. Entre dérision et défaitisme, ces petites annonces, la plupart illustrées de photos des villages perchés, ou à flancs de collines, mettent en avant les charmes de ces bourgades rurales: «superbes vues sur la plaine du Lauragais», «vue imprenable sur les Pyrénées».

«Tout est à vendre»

Mais elles envisagent aussi les conséquences du déclassement possible de leurs terres. «Grâce à la disparition de l'agriculture, landes, friches, genêts, ronces, mauvaises herbes etc... envahiront le paysage, rendant nos collines sujettes aux incendies» dramatise l'annonce de Villautou. «Une école, une agence postale et encore quelques agriculteurs et éleveurs y survivent!!!! Mais pour combien de temps??» interroge celle de Gaja-la-Selve. De son côté, Cazalrenoux, «belle commune de 13,5 km2», vend des éleveurs d'ovins et bovins, «une espèce en voie de disparition mais non protégée», un «éleveur de porc tout autant menacé», «des agriculteurs, a priori, considérés comme nuisibles». «Tout est à vendre», clame également Saint-Julien de Briola: «ses 84 habitants, ses exploitations agricoles, céréalières ou élevages, conventionnelles ou bios, une fromagerie, une église en bon état, une salle des fêtes et son comité des fêtes, une mairie avec son maire, ses adjoints et même ses deux employés municipaux.»

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Le futur périmètre des «zones défavorisées simples» risque de priver certains exploitants et éleveurs de l'indemnité compensatoire de handicaps naturels (l'ICHN), une aide qui est versée aux agriculteurs pour compenser certaines contraintes géographiques (climat, pente, mauvaise productivité de la terre ou du milieu naturel, ...). Ces aides peuvent aller de 5000 à 15.000 euros par an, soit, parfois, plus de la moitié du revenu d'un agriculteur.

Les contours définitifs de cette carte ne sont pas encore connus. Cette semaine, le ministre de l'Agriculture a répété qu'il n'y aurait «pas de publication officielle de la carte avant la validation par la Commission à Bruxelles». Chaque Etat-membre doit rendre sa copie à la Commission européenne pour le 1er mars. Les nouvelles cartes sont censées entrer en vigueur le 1er janvier 2019.