Sommet de l'élevage : cinq idées reçues sur le métier d'éleveur

Parlons un peu métier...  Car derrière chaque produit il doit y avoir un vrai professionnel avec un métier, un revenu et une conscience de ce qu'il produit.

Article de Marielle Bastide LA MONTAGNE ENTREPRENDRE Publié le 04/10/2017

Sommet de l'élevage : cinq idées reçues sur le métier d'éleveur

Emmanuel Beguin est responsable de l'approche sociale et travail en élevage à l'Institut de l'élevage. Ce mercredi au Sommet de l'élevage de Cournon-d'Auvergne, il coanimait une conférence sur le métier d'éleveur et les enjeux de son attractivité. Avec lui, nous avons évoqué cinq idées reçues sur la filière.

Pour devenir éleveur, il vaut mieux être enfant d'agriculteur

Vrai. Les installations hors cadre familial sont plus compliquées. Les enfants issus du milieu agricole auront plus de facilités, tant au niveau de l'acquisition du savoir-faire, que de l'accès au capital et au foncier.

Mais "travailler en famille ou reprendre l'exploitation familiale a aussi ses inconvénients. Les jeunes peuvent subir le projet familial, avoir du mal à trouver leur place. Ce qui peut créer des conflits beaucoup plus graves que dans une association (Gaec par exemple, ndlr) avec des personnes qui n'ont pas de lien de parenté", nuance Emmanuel Beguin.

La question de la transmission des exploitations est primordiale, en particulier pour les jeunes qui ne sont pas issus du milieu agricole. "Il y a différentes trajectoires possibles. Il faut arriver à créer un dialogue entre le cédant (l'éleveur qui cherche à transmettre sa ferme, ndlr) et le futur éleveur. Cela peut aussi passer par une transmission progressive. Par exemple, d'abord être salarié ou remplacer un associé qui s'en va, puis s'investir davantage jusqu'à prendre la tête de l'exploitation."

Le chiffre. 30 % des installations aidées en 2014 correspondent à des installations hors cadre familial. Soit 5 points de plus par rapport à 1998. Source : Agreste.

Devenir éleveur demande de gros moyens financiers

Plutôt vrai. Pendant la conférence donnée ce mercredi, une jeune femme qui souhaite s'installer en bovins allaitants raconte ses difficultés. Elle a visité une quinzaine de fermes, sans succès. En cause : le financement de son projet, les banques.

Emmanuel Béguin développe : "Selon les filières, c'est plus ou moins compliqué. Ce sera par exemple plus facile pour les projets de diversification, avec des circuits courts pour valoriser. Cela demande moins de capital au départ, mais davantage de savoir-faire". 

L'élevage ne demande pas de formation

Faux. De plus en plus pointu, le métier demande même de plus en plus de compétences. Et pas seulement techniques en agriculture. "Un chef d'exploitation doit connaître la comptabilité, la gestion des ressources humaines", indique Emmanuel Beguin. Le niveau de formation des éleveurs augmente car le métier s'est complexifié. "Aux Pays-Bas, de plus en plus d'agriculteurs sont des ingénieurs".

L'élevage est un métier d'hommes

Faux. Les clichés ont la vie dure, à l'extérieur et au sein du milieu agricole. Pourtant, les femmes sont de plus en plus nombreuses. En particulier dans la transformation et les petits ruminants. "L'élevage est plus accessible aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Avec la mécanisation, il est moins pénible."

Les femmes sont aussi plus "visibles". C'est-à-dire qu'elles ont désormais un statut, celui de chef d'exploitation, co-exploitantes. Retrouvez plus d'informations sur la part des femmes dans l'agriculture française dans cette analyse publiée sur le site de l'Agreste en 2012.

Le chiffre. Plus d'un quart des exploitations agricoles françaises sont, en 2010, dirigées par des femmes. En 1970, elles n'étaient que 8 %.

L'élevage a une mauvaise image

Plutôt faux. "Il y a toujours de la confiance vis-à-vis des éleveurs. On observe quand même que cette image positive a tendance à se dégrader, même si elle va plus concerner les produits que les éleveurs eux-mêmes. Aujourd'hui, il y a de grosses inquiétudes liées à l'alimentation, trop industrielle, au bien-être animal, à l'impact sur l'environnement..."

"Ces attentes sociétales sont légitimes. Il faut essayer de construire, de co-construire des modèles d'élevages qui y répondent. Cela passe par le dialogue avec différents acteurs, comme les associations de consommateurs, celles qui défendent le bien-être animal, pour essayer de trouver un consensus."

Marielle Bastide