Pour la chambre d'agriculture, éleveurs et consommateurs ont du souci à se faire

Ces producteurs, qui bataillent depuis des années pour obtenir un prix juste, dénoncent la concurrence déloyale de ces accords favorisant l'arrivée massive de viande bovine sur le marché européen. Guerre des prix mais aussi combat sur la qualité sanitaire et alimentaire des produits venus d'ailleurs...

LA MONTAGNE ENTREPRENDRE Publié le 27/11/2017

Viande bovine

Pour la chambre d’agriculture, éleveurs et consommateurs ont du souci à se faire…

 

Indignés par le contenu des accords de libre-échange, Ceta et Mercosur, les éleveurs ont mis ce sujet sur la table lors la session de la chambre d’agriculture du Cantal, vendredi. Une discussion avant les actions.

 

«Le Ceta, le Mercosur, ce n'est pas possible ! ». Samedi, la FDSEA Allier optait pour la manière forte pour manifester ses inquiétudes. La veille, leurs collègues du Cantal avaient choisi le débat pour exprimer le même désarroi, lors de la session de la chambre d'agriculture.

Les traités de libre-échange de l'Union européenne avec le Canada (le Ceta qui s'applique provisoirement depuis septembre) et avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) en cours de négociation, font peur aux éleveurs.

Concurrence déloyale

Ces producteurs, qui bataillent depuis des années pour obtenir un prix juste, dénoncent la concurrence déloyale de ces accords favorisant l'arrivée massive de viande bovine sur le marché européen. Pour le Mercosur, les éleveurs parlent d'un quota d'importation de 70.000 tonnes.

Plus grave à leurs yeux, la sécurité alimentaire du consommateur semble passer à l'arrière-plan. « On veut laisser entrer des marchandises agricoles produites dans des conditions interdites en Europe ». Scandaleux pour les éleveurs cantaliens qui s'étonnent de ne pas avoir bénéficié de la même mansuétude de la part de Bruxelles qui leur a imposé de nombreuses normes (environnementales, bien-être animal…).

Pour faire prendre la mesure des enjeux, Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA, a livré un chiffre choc. « Le Ceta, ce sont 46 substances interdites en Europe, pour certaines à la demande des agriculteurs eux-mêmes, autorisées au Canada. » Et le responsable syndical d'énumérer : « Des pesticides, des antibiotiques, des hormones, des activateurs de croissance, des farines animales… ». Le Mercosur, selon lui, pourrait être bien pire.

 

Un comble pour ces producteurs, dont certains font un travail d'élevage ciselé pour contribuer à donner ses lettres de noblesse à l'agriculture française. Président de la Fédération nationale bovine (FNB), Bruno Dufayet n'a pas manqué d'insister sur les sigles et labels de qualité de cette filière.

« Quarante-six substances interdites en Europe »

Ces traités laissent un sentiment d'autant plus amer aux Cantaliens qu'à l'instar de Brigitte Troucellier, ils ont l'impression de voir l'agriculture servir de monnaie d'échange pour permettre aux filières de luxe de s'exporter. « Je suis d'accord pour faire rayonner la France. Mais pourquoi la viande bovine doit-elle être la laissée-pour-compte de cette qualité française ? », s'indigne la vice-présidente de la FDSEA Cantal.

Pensant apporter un peu de réconfort, la sénatrice Josiane Costes (PRG), venue évoquer les états généraux de l'alimentation, a risqué un : « Vous serez aidés par le consommateur ». De quoi agacer un peu plus Brigitte Troucellier pour qui le consommateur ne pèse pas le même poids que le chef de l'Etat dans ces négociations internationales…

Un chef de l'Etat également incriminé par Jean-Yves Bony. « Il y a les discours d'un côté et la réalité de l'autre ! », a ironisé le député (Les Républicains) qui, avec son homologue Vincent Descœur, a apporté son soutien aux éleveurs. Mieux vaut réviser un peu les dossiers avant de participer à un débat avec les agriculteurs… « Ce n'est pas Macron qui a proposé ce tonnage au Mercosur, a rappelé Patrick Bénézit. Le mandat de négociation politique a été donné en 1999. »

« On va l'aider »

D'ailleurs Bruno Dufayet avait signalé un peu plus tôt dans les débats qu'Emmanuel Macron avait demandé une « pause dans la signature des traités ». Et le président de la FNB de promettre du mouvement chez les éleveurs : « On va l'aider à stopper cette folie européenne d'ouvrir les frontières à tout va et de sacrifier toute une production de viande bovine ».

Chemcha Rabhi