Pierre Rabhi s'adresse aux enfants dans un livre illustré

Il faudra bien remotiver les futurs héros de nos campagnes, nos enfants...

LA MONTAGNE PUBLIE LE 26/11/2017

Environnement

Pierre Rabhi s'adresse aux enfants dans un livre illustré

Pour rien au monde, Pierre Rabhi ne souhaiterait apparaître comme un narcissique. Une auteure et un illustrateur se sont intéressés à sa « petite vie ». « Petite », c’est lui qui le dit car ce paysan poète dit surtout de grandes choses sur nos vies et ce que nous en faisons. 

« J’ai 80 ans », annonce-t-il avec un peu d’avance. « Mais je suis toujours habité par une flamme qui me pousse à honorer la vie ». Cette vie, illustrée par Marc N’Guessan, qu’il a retracée en mots avec le secours de Claire Eggermont, dans un livre baptisé Pierre Rabhi/L’Enfant du désert (éditions Plume de Carotte), de sa naissance sur les bords de l’oasis de Kenadsa en Algérie à ses terres ardéchoises où ce pape de l’agroécologie a trouvé refuge.

Arrêtons-nous, réfléchissons, sommes-nous heureux ? »

Il ne faut pas le questionner longtemps, Pierre Rabhi, pour qu’il en vienne, inlassable, au cœur de son combat : « Arrêtons-nous, réfléchissons, sommes-nous heureux ? », interroge ce paysan poète, affolé de voir les hommes « servir la mort plus que la vie ». « La nature est magnifique, nous lui devons la vie et nous la détruisons ».

Un état de « démence généralisée qui peut très mal finir », assure Pierre Rabhi. Comment en sommes-nous arrivés là ? « L’orgueil et la vanité », répond-il. « Nous sommes de vrais magiciens, nous savons faire voler des avions, mais cette vanité s’est installée et nous sommes piégés aujourd’hui par tout ça. Nous sommes formatés de la naissance à la mort. Où est notre liberté ? Les gens acceptent d’être confinés dans des cases pour servir la grosse machine à faire du PIB. Onze mois de coma pour un mois de liberté l’été et on appelle ça une vie… Je ne veux désobliger personne. Je souffre en réalité de cette condition que les êtres humains s’imposent à eux-mêmes. Ce sont des vies d’incarcération ».

Revenir à la terre

Il dit l’humanité arrivée « aux limites de ce qu’elle peut supporter. L’incertitude domine notre monde bouleversé par le chômage, l’exclusion, l’insécurité, cette consommation qui nous consomme et nous consume », liste cet homme qui a souhaité, depuis 1961, revenir à la Terre, à l’essentiel, et qui reçoit, chaque année, autour de 600 demandes de conférences.

 

Dans ce tableau noir, il devine quelques lueurs. « Il y a ici et là les ferments d’un véritable changement social. Sinon, j’aurais mis la clef sous le paillasson depuis longtemps ! » Il pense à ces gens qui aspirent de plus en plus à une vie en accord avec la nature, à « prendre soin de la Terre, à élever leurs enfants autrement que dans la compétition ». À ce que « le féminin ne soit pas subordonné ».

Orphelin de mère à 5 ans, envoyé chez des colons français parce que son père, forgeron, nourrissait pour lui d’autres ambitions… Son bateau de vie aurait pu basculer. « Quand vous êtes dans un fleuve en cru, vous pouvez décider d’arrêter de vous débattre et de vous noyer. Moi je tenais à vivre et je me suis battu. C’est alors que l’énergie de vie vous vient ». Tiraillé très tôt entre ses racines musulmanes et le catholicisme, il en a gardé l’idée des ambiguïtés humaines et fréquenté les philosophes pour trouver des réponses. « J’en suis resté finalement à Socrate : Je sais que je ne sais pas ! ».

Photo Marc N’Guessan/éditions Plume de Carotte

Aujourd’hui,  les enfants sont déconnectés de  la nature. C’est tragique. Et je pèse mes mots.


Cinq fois père, grand-père et « pas loin d’être arrière-grand-père », il se dit « très sensible aux enfants ». « Aujourd’hui, ils sont déconnectés de la nature. C’est tragique. Et je pèse mes mots. Car l’expérience du tangible est la seule capable de donner à l’être humain les moyens de se révéler à lui-même ». Il nous pousse à la réflexion. « Quel héritage recevront-ils de nous pour bâtir leurs propres vies ? Nous fuyons de manière permanente nos responsabilités à l’égard des jeunes générations. Cet enfant que je regarde, c’est aussi celui que j’étais ». 

A lire. « Pierre Rabhi/L’Enfant du désert » de Claire Eggermont et Marc M’Guessan (Plume de Carotte). A partir de 8 ans. Voir aussi la collection « Carnets d’alerte » (Presses du Châtelet) que Pierre Rabhi coécrit avec Juliette Duquesne sur divers thèmes : les excès de la finance ou l’art de la prédation légalisée ; les semences, un patrimoine vital en voie de disparition ; pour en finir avec la faim dans le monde.

Florence Chédotal