Ne laissons pas la grande distribution dicter sa loi à l'agriculture biologique

En l'espace d'une dizaine d'années, l'agriculture biologique a été plébiscitée par les paysans et les consommateurs. Bien qu'elle soit restée le parent pauvre de la politique agricole commune avec des aides marginales, le nombre de paysans qui se lance dans la bio explose littéralement. Les ventes augmentent de plus de 15 % par an en Allemagne ou en France.

C'est lorsqu'une politique publique fonctionne qu'il devient urgent de la réformer et c'est le cas avec l'agriculture biologique qui est le seul secteur agricole et alimentaire qui a le vent en poupe. Dacian Ciolos, Commissaire européen en charge de l'Agriculture de 2009 à 2014, était parfaitement conscient de cette mutation en profondeur de l'agriculture et de la consommation en Europe. Son souhait en 2013 lorsqu'il présenta son projet de réforme était clair: générer un cadre européen cohérent capable d'empêcher les fraudes futures tout en facilitant le développement de l'agriculture biologique dans tous les pays de l'Europe.

Mais l'engouement pour la bio porte en effet les germes potentiels de son affaiblissement. En quelques années, ce secteur a connu une mutation en profondeur. Les industriels de la transformation et les grandes surfaces généralistes ont flairé l'aubaine. Ces acteurs de la dernière heure organisent dans l'ombre un travail de sape. Plutôt que de soutenir la production biologique en Europe, un nombre de plus en plus important d'entre eux se tournent vers les importations en provenance de pays tiers dont les cahiers des charges sont moins stricts que ceux appliqués ici.

Les consommateurs veulent des produits bio sans résidus de pesticides. D'accord, mais la question de la responsabilité est évacuée du débat. Si le paysan bio a triché, il doit être sanctionné comme cela a toujours été le cas. Si sa récolte a été contaminée par les épandages de pesticides réalisés par ces voisins sur leur champ, dans ce cas même si il est impossible de savoir avec certitude d'où vient la pollution, il doit recevoir une compensation pour sa perte financière. Rappelons que 90% des pollutions ne viennent pas des champs des paysans mais de la chaine alimentaire. Le contrôle dans les camions, les silos à blé, et chez les transformateurs est parfois laxiste. Le principe « pollueur payeur » doit être appliqué à la lettre. Cette question est donc simple à régler.

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