Les savoirs d’hier se conjuguent aux connaissances d’aujourd’hui

 

Si vous partagez les valeurs du mouvement Ter Avenue pour « bien manger » et « soutenir les meilleurs producteurs »

engagez-vous et participez gratuitement en vous inscrivant sur le site en cliquant ICI

 

Il y a d’abord eu les “intégristes” qui ne juraient que par les vins “nature”. Les autres, longtemps méfiants voire moqueurs, se sont depuis adaptés à la demande.
 
LA MONTAGNE.FR - Publié le 03/03/2019 - Par Jérôme Pilleyre
 
Avec les vins "nature", les savoirs d’hier se conjuguent aux connaissances d’aujourd’hui
 
Avec les vins « nature », c’est un véritable retour à la ferme qui s’opère. Les savoirs d’hier se conjuguent aux connaissances d’aujourd’hui pour bannir tout intrant chimique de synthèse et retrouver le vrai goût du terroir.

Un vin « nature » se reconnaît au premier coup d’œil. Avant même le nez et la bouche, même déboussolés dans leurs habitudes gourmandes, l’étiquette dit tout de leur vraie… nature.

Qu’ils refusent l’AOC ou qu’elle leur soit refusée, nombreux parmi cette nouvelle génération de vignerons mettent en avant, faute d’identité collective, leur indépendance d’esprit en jouant souvent sur le deuxième degré, jusqu’à occulter parfois tout autre mention ailleurs vendeuse.

L’étiquette est un terrain de jeu, pas le terroir qu’ils cajolent avec respect et patience. « Le monde du vin “nature” s’articule autour d’une double préoccupation, analyse l’ethnologue Christelle Pineau. Ce retour au naturel s’accompagne d’une volonté de clarté quant à ce qu’il y a véritablement dans la bouteille. En bannissant tout intrant chimique de synthèse, notamment le soufre, dans la vigne comme dans la cave, les vins “nature” vont bien au-delà du cahier des charges des vins bio. »

La vigne s’élève seule ou presque. Ce qui demande beaucoup de travail

« Les vignerons “nature” préparent le terrain souvent en biodynamie pour stimuler l’écosystème. Les plus audacieux essaient des cépages non autochtones, convaincus de leur avenir ailleurs que sur leur terre d’origine ou simplement pour le plaisir gustatif de l’expérimentation. Le travail en amont est la seule protection de la plante. Cette autonomie laissée à la vigne puis au vin repose sur un savoir à la fois sensible, tiré de l’expérience, et scientifique, emprunté aux sciences dures. Mais à aucun moment ce ne sont les grandes manœuvres œnologiques. Le vin n’est ainsi jamais tout à fait le même d’une année sur l’autre. »

Cette intégrité a un prix

« Si, comme la grêle et le gel, le mildiou et l’oïdium sont des menaces pour toutes les vignes, les vignerons “nature”, par définition rétifs à toute chimie de synthèse, prennent plus de risques alors que leur modèle économique est précaire même si la plupart sont en rupture de stock. »

Conversions et reconversions se multiplient pourtant, opposant deux types de trajectoires

« Face à la dégradation des sols et de la matière végétale du domaine familial, une lignée de vignerons opère une véritable révolution culturelle (et culturale) et s’oriente, par palier, vers les vins “nature”. Pour d’autres, il s’agit d’une reconversion professionnelle, d’autant que beaucoup exerçaient des professions urbaines et intellectuelles. »

Ça sent le déjà-vu : l’élevage de chèvres, l’Ardèche, les années 1970…

« L’esprit communautaire en moins, corrige l’ethnologue. Les néovignerons inventent une nouvelle paysannerie où chacun peut être indépendant même si la solidarité et l’entraide tissent des liens très forts entre eux. »

Les consommateurs, aussi, se mettent au vert

« Leur profil est plus difficile à cerner. Mais, schématiquement, ceux qui consomment depuis longtemps des vins conventionnels ont plus de mal à aller vers les vins “nature”, en particulier les hommes, culturellement censés détenir un savoir en la matière. Repartir de zéro, c’est renoncer à ce savoir qui leur conférait une petite autorité à table, lors des repas de famille ou entre amis. Les jeunes, parce qu’ils ont le palais moins formaté, sont plus ouverts, plus curieux. »

Les cavistes ont suivi

« Il y a d’abord eu les “intégristes” qui ne juraient que par les vins “nature”. Les autres, longtemps méfiants voire moqueurs, se sont depuis adaptés à la demande. »

Mais les vins « nature » ne sont pas près de rentrer dans le rang. Le culot ne souffre aucune limite…