l'Auvergne et le Limousin sont-elles des terres propices à l'or rouge?

Quelle est la fleur précieuse qui pousse de 600 jusqu'à 2000 mètres et que l'on peut trouver ici ? https://www.teravenue.com/fr/annuaire/jarjayes-safran

LA MONTAGNE ENTREPRENDRE PUBLIVATION DU 05/11/2017 Charlotte Lesprit 

Safran : l'Auvergne et le Limousin sont-elles des terres propices à l'or rouge?

Les safranières fleurissent chaque année entre l'Auvergne et le Limousin, mais les professionnels qui en vivent correctement, eux, se font plus rares. 

Loin l'image idéalisée de l'eldorado rouge. Le safran, c'est avant tout une histoire de passionnés et de patience pour quiconque s'aventurant dans la culture de l'une des épices les plus chères au monde. « Au niveau national, Profession Safran regroupe environ 150 producteurs contre 5 adhérents en Auvergne (tous les producteurs ne sont pas membres de l'association) », détaille son président Michel Baur, également producteur à Mazayes (Puy-de-Dôme) au "Safran des volcans". 

Des conditions favorables

« En lisant un ouvrage du botaniste Henri Lecoq (*), j'avais l'idée que le safran poussait ici », se rappelle avec amusement Michel Baur. 

L'homme a même décidé d'y implanter sa safrinière après « un hasard professionnel, explique-t-il, lorsque [son] usine lorraine a été rachetée en 1979 par Michelin. » Depuis, l'homme a adopté l'Auvergne. Le safran, lui, il l'a apprivoisé dès les années 1980.  

Une plante noble, dans une région où il y a des valeurs appréciées

 

1. L'altitude : le safran pousse plus facilement dès 600 mètres d'altitude, et cela tout en atteignant les 1.300 mètres que l'on peut facilement retrouver sur les plateaux d'Auvergne. Il peut même se cultiver en montagne jusqu'à 2.000 mètres ! 

2. Le climat : la fleur s'accomode très facilement du climat continental, et le climat montagnard ne lui fait pas peur non plus. Elle aime le contraste des étés secs et chauds et des hivers rigoureux.

« Le safran est une plante noble et l'Auvergne est une région où il y a des valeurs appréciées », détaille le safranier. L'authenticité, l'équilibre des saisons, le plaisir des saveurs... ou encore le lien étroit avec la nature. Ces valeurs restent propres au ressenti de chacun et la liste est loin d'être exhaustive. 

 

Une culture à contre-saison 

Le crocus à safran est un bulbe vivace aux jolies fleurs violettes dont les stigmates sont constitués de safran. 

« On plante les bulbes entre juillet, août et septembre. Il faut savoir que la culture du safran est à contre-saison, puisque les pluies automnales entre septembre et octobre déclenchent la floraison », détaille Michel Baur. Il ajoute : « Les bulbes sont en dormance l'été comme un oignon que l'on retrouve au super-marché, ils n'ont pas de racines. L'eau de septembre va les réveiller et les faire grossir. »

La floraison débute pour sa part dès octobre-novembre et sa végétation va sécher au printemps car « les fleurs fânent entre mai et juin et il ne faut pas arroser l'été. » 

En revanche, le safranier passionné évoque un bémol : le désherbage continuel, surtout en Auvergne, région d'élevage où l'herbe pousse très bien. « Les crocus atteignent en général les 5-10 centimètres de hauteur. Or, l'herbe puise les aliments nutritifs et empêche la photosynthèse en privant le crocus des UV du soleil », développe-t-il. 

« Les gens regardent des reportages télévisés et s'imaginent qu'ils vont devenir riches. »

MICHEL BAUR (Question au sujet de la rentabilité)

Une récolte très minutieuse

La cueillette de la fleur de safran est manuelle, tout comme son émondage. Une étape minutieuse durant laquelle il faut récolter les pistils de la fleur, autrement dit ses filaments de couleur rouge.

 

« Pour faire un safran rouge et de qualité, il faut ramasser entre 150 et 200 fleurs pour un gramme d'épice », annonce Michel Baur. Un travail long puisque l'homme reconnaît qu'il récolte à titre personnel 220 fleurs pour un gramme de safran.  « Je préfère cueillir les fleurs très petites pour qu'elles ne soient pas altérées par les rayons du soleil et pour que la pluie ne pénètre pas l'intérieur. Tout doit rester pur, sans trace d'insectes entre les mouches et les abeilles.»

En chiffres L'Iran produit 200 tonnes de safran par an ce qui en fait le premier producteur mondial. En France, Michel Baur explique que les récoltes avoisinent les 100 kilogrammes contre 100 grammes dans son domaine le "Safran des volcans". 

 

La fortune n'est pas toujours dans le pré

« Bien souvent, il faut attendre trois à cinq ans pour que la production de safran soit rentable. Souvent, les gens regardent des reportages télévisés et s'imaginent qu'ils vont devenir riches or le safran nécessite une vraie gestion. Depuis dix-quinze ans, il y a un certain engouement autour de lui. Certains préféreront même le vendre à perte pour avoir du cash », développe Michel Baur. 2017 sera d'ailleurs une année difficile pour le producteur qui a vu 20.000 bulbes partir en fumée, mangés par les rats taupiers. 

S'il travaille surtout avec des clients fidèles « prêts à payer beaucoup plus pour avoir de la qualité », il explique également collaborer avec des traiteurs préparant des réceptions pour des grandes maisons comme Hermès. 

Pour Natacha Werro, cultiver du safran c'est aussi rencontrer les esprits curieux lors d'ateliers qu'elle organise parfois l'après-midi de 14 heures à 17 heures et lors de visites gratuites. Mais ce qui enchante le plus la safranière, ce sont ses récoltes. « Les récoltes ont doublé cette année, c'est un truc génial même s'il faut reconnaître que la semaine a été intensive », se réjouit-elle. Pratiquement 800 grammes de safran en 2017, contre 300 grammes à l'automne 2016.