Coup de gueule de maraichers bio. !

Une question de fond sur l'aspect et la standardisation.

Il faut faire comprendre aux clients et donc souvent aux grossistes que l'aspect ne fait ni le goût ni la valeur nutritionnelle.

 

Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation / Au Bio Temps

5 tonnes de courgettes jetées : rencontre avec des maraîchers bio en colère

C’est une histoire qui a fait beaucoup de bruit dans les réseaux sociaux. Celle de Caroline et Cyril, maraîchers bio qui ont été forcés de faire un tri impressionnant sur leur récolte hebdomadaire de courgettes jaunes, jugées trop « moches » par les acheteurs. Le 9 juillet, excédés par cette nouvelle, ils postent sur Facebook leur ras-le-bol. Ils étaient loin de se douter que la réaction des internautes allait être aussi vives et qu’ils feraient autant parler d’eux. Nous avons souhaité interviewer le couple afin de recueillir leurs impressions sur cette affaire bien particulière. 

S’ils vendent leurs légumes en vente directe, Caroline et Cyril réalisent également une bonne partie de leur commerce en demi-gros pour pouvoir en vivre. Malheureusement, avec la canicule de juin, une bonne partie de la récolte de courgettes jaunes prévue pour le demi-gros a souffert. Résultats ? Des tâches vertes sont apparues et les deux maraîchers ont été forcés de faire un énorme tri pour satisfaire les exigences des clients de leur expéditeur qui ne voulaient pas des courgettes tachées. Pourtant, si ce n’est leur apparence, celles-ci ont le même goût et qualités nutritives.

Excédés par la vue de ces courgettes « invendables » alors que parfaitement comestibles, Carolines et Cyril prennent la parole dans les réseaux sociaux pour dénoncer ce gâchis. Plus de 14 000 réactions et presqu’autant de partages les attendent en retour exprimant soutien, colère, désarroi et frustration.

Et lorsqu’on leur demande s’ils s’attendaient à autant de réactions, ils nous répondent: « Nous avons été très surpris de la vitesse à laquelle s’est relayée l’information. Nous avons reçuénormément de messages de soutien. Beaucoup de personnes se sont indignées de pas avoir accès à ces légumes car bloqués avant par les distributeurs. Nous ne nous attendions pas à autant d’échanges sur ce sujet. »

En effet, ils ont très vite compris qu’il y avait un réel décalage entre les exigences des distributeurs et la volonté des consommateurs finaux, en fait plutôt désireux de manger des produits de qualité, peu importe leur apparence. Des exigences qui conduisent à des gâchis innommables, alors même que de plus en plus de consommateurs souhaitent se détourner des fruits et légumes aseptisés et calibrés des grandes surfaces au profit de plus de naturel. Preuve en est, beaucoup d’internautes ont souhaité venir acheter directement ces courgettes à Caroline et Cyril afin d’éviter qu’elles soient perdues.

« Nous avons une très bonne relation avec notre expéditeur. Il fait toujours le maximum pour vendre notre production. Mais les légumes qu’il expédie doivent respecter des catégories. Il faut savoir qu’en agriculture biologique, les catégories sont les mêmes qu’en conventionnel, ce qui est en mon sens une aberration car nous n’avons pas les même moyens de production. », nous dit Cyril.

Un coup de gueule pour dénoncer le comportement des grossistes, alerter les consommateurs et les inciter à voir qu’un légume tâché ou hors catégorie n’en est pas moins comestible.L’expérience de Caroline et Cyril nous renseigne également sur la réalité des agriculteurs bio qui subissent un système de distribution inadapté au monde du biologique. Une réalité qui, selon Cyril, doit absolument changer pour respecter le travail des acteurs du bio et du local.

« Il faudrait revoir tout le système de distribution. Pour commencer, il faut revoir les catégories pour l’agriculture biologique. Il faudrait un débouché adapté pour les légumes ne rentrant pas dans la « norme ». Le marché français est saturé par les légumes espagnols. Les acheteurs en fruit et légumes ne privilégient pas les producteurs français car les espagnols sont moins chers. Nous n’avons pas les même coûts de production. Il faudrait légiférer afin de ne pas importer en pleine période de production française. »

Au delà de ça, c’est notre conception de la nourriture, notre rapport à la nature et au travail de la terre qui est à questionner. Mais si la route est encore longue, le changement est déjà en place et l’expérience de Caroline et Cyril en est la preuve.