Comment la grande distribution fixe les prix

Le projet de loi présenté par Stephane Travert, baptisé «projet de loi pour l'équilibre des relations commerciales et une alimentation saine et durable», propose en effet d'inverser la construction des prix.
Comment?

LE FIGARO.FR - Par Julie Ruiz Publié le 31/01/2018

À l'heure actuelle les prix pratiqués en rayons sont fixés par les enseignes sur la base des tarifs obtenus auprès de leurs fournisseurs. La loi sur les relations commerciales présentée ce mercredi en conseil des ministres veut redonner du pouvoir aux producteurs sur les prix, pour mieux «redistribuer la valeur».

Chaque année, le dernier jour du mois de février marque la fin des négociations entre la grande distribution et ses fournisseurs, qu'ils soient petits producteurs rassemblés en coopératives ou grands groupes industriels internationaux. Ces tractations, souvent tendues, sur fond de guerre des prix, constituent l'élément déterminant des tarifs alimentaires.

Des négociations très encadrées

Aujourd'hui, le déroulé des négociations est régi par la loi de modernisation de l'économie adoptée en août 2008, ainsi que par la loi Sapin 2 adoptée en décembre 2016. La première phase à lieu chaque année avec la rédaction, par les fournisseurs, de leurs conditions générales de ventes, qui doivent être envoyées avant le 30 novembre aux centrales d'achat des distributeurs. Ensuite les discussions entre les industriels et la grande distribution s'étendent jusqu'au 28 février afin de fixer les prix d'achat.

Les discussions ne concernent pas que le prix d'achat pour les grandes surfaces. Elles portent aussi sur la disposition des produits en rayon, un levier de discussion pour les distributeurs dans un contexte de forte concurrence. En général, les conditions de vente sont fixées pour un an, mais depuis 2016 il est possible pour les parties de conclure une convention sur plusieurs années. Une fois l'accord conclu, les distributeurs achètent les produits au prix convenu, puis ils ont toute latitude pour fixer le prix final (celui affiché en rayon), du moment qu'il ne revend pas à perte.

 

Des acteurs sous tension

Malgré ces règles strictes, il peut arriver que les distributeurs et les fournisseurs ne parviennent pas à s'entendre. Si l'accord n'est pas conclu au 28 février, les distributeurs peuvent décider de retirer les produits des rayons.

Certains n'hésitent pas à menacer de déréférencer les produits en cours de négociation afin de montrer aux industriels l'ampleur du manque à gagner et ainsi opérer une pression à la baisse sur les prix. C'est une pratique illégale. Mais au-delà de ce genre d'abus, les distributeurs, selon leurs fournisseurs, usent de tous les leviers d'action pour baisser le prix de vente, qui reste au cœur des négociations avec les industriels.

En effet, dans un contexte concurrentiel impitoyable, les enseignes de distribution cherchent à se différencier en pratiquant les prix les plus bas possible. Pour ce faire elles se doivent d'obtenir les prix les plus bas auprès de leurs fournisseurs. Les négociations 2018 ne font, d'ailleurs, pas exception à la règle puisque selon un bilan des négociations commerciales établi par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), «dans 75 % des cas les distributeurs demandent de 2 à 8 % de baisse».

Cette guerre des prix entraîne des baisses de tarifs qui ne sont pas toujours en lien avec les cours des matières premières alimentaires en général et les charges, souvent volatiles, supportées par les producteurs. On appelle ce phénomène la déconnexion entre les prix agricoles et les prix alimentaires. C'est l'un des problèmes auxquels la loi Alimentation entend remédier.

Le projet de loi présenté par Stephane Travert, baptisé «projet de loi pour l'équilibre des relations commerciales et une alimentation saine et durable», propose en effet d'inverser la construction des prix. Comment? En partant du coût de revient des producteurs, qui devra être inscrit dans les contrats entre producteurs et transformateurs. À chaque maillon de la chaîne, il entrera en compte dans la construction du prix final que les consommateurs retrouveront en rayon.