Après le made in France, voici le “Made in abbaye”

Retrouvez les produits de l'abbaye de Sept-Fons sur TerAvenue. Compléments alimentaires, petits déjeuners et boissons, confitures et biscuits, produits de la ruche, fromage de Sept-Fons. Découvrez la belle histoire de cette abbaye fondée  en 1132 !

Produits monastiques, quand consommation rime avec conviction

VALEURS ACTUELLES article par Auteur Agnès Pinard Legry / Mardi 20 juin 2017

Made in abbaye. Recherche d’authenticité, gage de qualité, circuits courts, conviction religieuse. Les produits monastiques séduisent un large public. S’ils existent depuis plusieurs siècles, ils répondent plus que jamais aux nouveaux modes de consommation.

Après le made in France, voici le “made in abbaye”. Qu’ils soient alimentaires (miel, vin, fromage, bière…) ou non alimentaires (crème, savon, huiles essentielles…), les produits monastiques témoignent de la richesse gastronomique, culturelle et spirituelle de notre pays. Dans le Ier arrondissement parisien, à quelques pas des jardins du Palais-Royal, la vitrine du Comptoir des Abbayes attire l’oeil. « C’est un lieu où les produits monastiques peuvent être abordés avec tous les sens : ils sont beaux à voir, dégagent une odeur agréable… et nous les faisons aussi tester aux clients », commence Pierre van den Broek, gérant du magasin. Venu de l’industrie nucléaire, il a d’abord travaillé chez Areva avant de fonder un cabinet de conseil spécialisé en management de la transition. Après l’avoir revendu, il a investi dans différentes start-up et PME dont le Comptoir des Abbayes. En 2014, il reprend les rênes de la SAS.

L’enseigne propose aujourd’hui 800 références en magasin, mais en compte entre 3 000 et 4 000 dans ses bases. L’engouement pour ces produits s’explique, selon Pierre van den Broek, par la recherche « de circuits courts avec une parfaite traçabilité », mais aussi « d’authenticité ». « Les produits monastiques ont un supplément de sens, précise-t-il. Le moine est un personnage consensuel profondément moderne et le monde monastique à des choses à nous apprendre quant à notre rapport au travail, à l’environnement. » La clientèle qui fréquente le Comptoir des Abbayes est diverse. Il y a d’abord la clientèle internationale, intéressée par « l’acquisition d’une petite partie du patrimoine gastronomique et culturel de notre vieille Europe », la clientèle urbaine, qui affectionne les « produits alternatifs que l’on ne trouve pas ailleurs et qui sont porteurs d’authenticité », et ceux qui achètent les produits car ils connaissent les communautés religieuses dont ils proviennent.

La recette de la Chartreuse garde tout son mystère

Lieu de rencontre entre le monde silencieux des moines et moniales et celui plus bruyant de la consommation, le Comptoir des Abbayes travaille avec une cinquantaine de monastères fournisseurs. Parmi les best-sellers se trouve l’Alexion, une boisson fortifiante sans alcool composée de 52 plantes proposée par les moines de Notre-Dame d’Aiguebelle, surnommée le “Red Bull monastique”. L’Eau d’émeraude, préparée par les bénédictines du monastère de Bouzy-la-Forêt, fait partie également des meilleures ventes. « Il s’agit d’un produit séculaire, rappelle le gérant. Il est même cité dans une lettre de Mme de Sévigné à sa fille. »

Autre article monastique dont la réputation n’est plus à faire : la Chartreuse. C’est en 1764 que les moines chartreux ont donné naissance à la célèbre liqueur, initialement dédiée à des fins médicinales. Composée de 130 plantes, la recette n’a pas changé (ou à la marge) et garde tout son mystère : seule une poignée de moines connaît la composition de la Chartreuse. Depuis le XXe siècle la distillation et le vieillissement s’effectuent à Voiron (Isère) mais la recette secrète est gardée au monastère de la Grande-Chartreuse, à quelques kilomètres de là. Pas encore aussi connue que le vodka-Martini de James Bond, la Chartreuse doit aussi sa popularité au film de Quentin Tarantino Boulevard de la mort avec la fameuse réplique : « Cet alcool est si bon qu’il a donné son nom à une couleur. » En 2015, dans le top 5 des bars qui vendaient le plus de Chartreuse, aucun n’était situé en France. Mais tous les produits ne bénéficient pas de la même notoriété. « Le label Monastic a été créé à un moment où il y avait un flou entre les produits monastiques et les produits utilisant un marketing religieux tels que le fromage Chaussée aux moines qui est en fait une pâte industrielle produite par un groupe agroalimentaire, rappelle Pierre van den Broek. Pour avoir le label, il faut que le produit soit réalisé dans l’enceinte du monastère, par des moines ou des moniales, et qu’il ait une valeur ajoutée relevant du monastère. »

Les produits d’abbayes sont très variés

Mais qu’en est-il du côté des fournisseurs, c’est-à-dire des moines et des moniales ? « On ne fonctionne pas avec les monastères comme avec une centrale d’achats : par exemple, on n’appelle pas pendant les offices, on sait que pendant le temps du carême ou de l’Avent nous aurons plus de mal à les joindre », raconte Pierre van den Broek. Même constat pour Côme Besse, cofondateur de Divine Box, dont le concept est l’envoi mensuel d’une Box gourmande thématique contenant des produits fabriqués par des communautés religieuses. « Travailler avec des abbayes est incroyable. Les moines et les moniales sont les seuls fournisseurs qui vous écrivent dans leurs mails “Dieu vous bénisse”. C’est un milieu avec une grande bienveillance. » Âgé de 23 ans et étudiant à HEC, il a lancé sa start-up en mars avec sa soeur Astrid. « L’idée nous est venue de mon frère qui vit à Barcelone. Franchouillard, il a un peu de mal à se passer de nos bons petits produits. À Noël, ma mère a donc décidé de lui offrir une boîte avec plein de produits… dont un pâté de l’abbaye de Bricquebec, située près de Cherbourg, raconte Côme Besse. Au début nous pensions faire quelque chose autour de l’apéritif des abbayes mais en creusant nous nous sommes rendu compte que les produits proposés par les moines et les moniales étaient extrêmement variés : miel, moutarde, huile… nous avons donc décidé de voir plus large. »

Deux formules sont proposées : la Box des curieux (cinq produits, 31,90 euros par mois) et la Box des gourmands (sept produits, 41,90 euros). Chaque mois, la Box est articulée autour d’un thème différent : le chocolat, les fruits rouges, l’apéritif… En juin, trois mois après l’ouverture du site Internet, la start-up aura expédié 300 colis. Elle vise 400 le mois prochain. « Chaque Box est accompagnée d’un petit livret avec une page ou deux consacrées à chaque produit et un focus sur une abbaye », développe l’étudiant qui insiste sur la curiosité des abonnés. « Par nos Box, nous visons à promouvoir le savoir-faire monastique tout autant qu’à soutenir la vie monastique. »

Le travail fait partie intégrante de la vie des moines

Une vie qui s’articule autour de la règle de saint Benoît, « ora et labora » (“prie et travaille”). Cellérier (économe) de l’abbaye de Sept-Fons, frère Alexis est également le directeur du Moulin de la trappe, une SAS entièrement gérée par les moines qui commercialise les produits de l’abbaye tels que la Germalyne. « Après la Révolution, les moines de l’abbaye de Sept-Fons ont été chassés. En 1845, ils ont dû faire des emprunts pour racheter leur propre monastère, raconte frère Alexis. En 1930, nous avions un moulin qui permettait de produire de la farine mais aussi d’extraire le germe de blé, la partie la plus riche. Un jour, le meunier, qui a trouvé l’abbé bien fatigué, lui a proposé d’en prendre une cuillerée tous les matins. Il a peu à peu repris des forces et l’abbé a réalisé que ce produit pouvait sauver le monastère de la ruine. C’est la Germalyne que nous commercialisons aujourd’hui. » Les recettes des ventes sont exclusivement dédiées à l’entretien et à la rénovation du monastère ainsi qu’à l’aide aux autres abbayes. Une activité indispensable à la survie de la communauté… comme à son équilibre. « Le travail fait partie intégrante de notre vie : comme le dit la règle de saint Benoît, les moines doivent vivre de leur travail, rappelle frère Alexis. Je ne dis pas mon chapelet quand je tape sur mon clavier mais je vais à tous les offiveces, je fais un signe de croix le matin quand je rentre dans mon bureau et j’essaye de faire mon travail dans un esprit tranquille, sous le regard de Dieu. »