Agriculture biologique : Gentioux-Pigerolles dépasse toutes les espérances

À Émergence Bio, tout s'est construit autour du méthaniseur

LA MONTAGNE ENTREPRENDRE Publié le 19/12/2017 par Virginie Lorthioir

Début décembre, Gentioux-Pigerolles (Creuse) a reçu le label territoire bio engagé : les producteurs du territoire et les repas servis à la cantine sont exemplaires.

À Gentioux (Creuse), on compte cinq habitants au kilomètre carré, et parmi eux, forcément, quelques agriculteurs. Les conditions climatiques n'y sont pas les plus favorables, et pourtant, c'est là qu'ont choisi de s'installer sept jeunes agriculteurs, qui embauchent aujourd'hui trois salariés et deux apprentis. Leur spécificité ? Ils se sont engagés en agriculture biologique.

Sur le site de Pigerolles, ils se sont réunis autour d'un méthaniseur qui a permis de faire émerger quatre ateliers de productions en agriculture biologique. Il y a là Gaël, installé en maraîchage, en plein champ et sous quatre serres de 200 m2 chacune, isolées et chauffées au sol pour apporter le maximum de calories et pouvoir démarrer plus vite au printemps.

Une émergence bio

Dès février, il fait ses semis, ce qui lui a permis de pouvoir proposer des pommes de terre primeur dès avril cette année. Le jeune homme vise plutôt les gros volumes et la restauration collective, mais une partie est aussi réservée aux particuliers via les circuits courts.

À côté des serres de Gaël, on retrouve les sept bâtiments de Franck, qui élève ses volailles. L'agriculteur a aussi des broutards. Au même endroit, le GAEC Chatoux-Jeanblanc-Pichon élève porcins cul noir, ovin et bovin sur 373 hectares. Un peu plus loin sur la commune, la ferme de Lachaud élève des ovins sur 107 ha et le Gaec Le Rousseau est en installation naisseurs cul noir.

Cette « émergence bio » n'est pas sans conséquence sur le territoire. La commune, soucieuse d'accompagner la diffusion de ces produits bio locaux, passe par l'épicerie locale pour les proposer à la cantine scolaire.

39,52 % de produits bio servis à la cantine

Dans un contexte où la communauté de communes Creuse Grand Sud soutient les circuits courts, là encore, la collectivité dépasse largement les préconisations du Grenelle de l'Environnement : 39.52 % de produits bio sont servis aux écoliers, alors que les recommandations sont d'au moins 20 % d'approvisionnement dans les menus des restaurants collectifs.

C'est ainsi que Gentioux-Pigerolles a reçu ce mois-ci le label « territoire bio engagé » créé par Interbio Nouvelle-Aquitaine pour son engagement. Comme l'a fait remarquer la maire Dominique Simoneau, ce choix politique de soutenir une agriculture locale de qualité en travaillant sur un projet alimentaire territorial permettra de faire reconnaître le territoire grâce à l'agrotourisme, une autre composante à prendre en compte comme atout supplémentaire pour attirer de nouvelles familles.

Une diversité remarquable

Jouany a tout même tenu à préciser que pour avoir encore plus de produits bio à proposer dans les restaurants collectifs, ce n'est pas le prix qui doit faire débat. « Quand on veut faire du local, il faut penser que si un euro de plus va à l'agriculteur, c'est du RSA en moins qui lui sera versé ». L'objectif de l'agriculteur est bien de vivre de son travail, et il éprouve une certaine frustration de voir que peu de choses bougent au niveau de la restauration collective…

Olivier Thouret, en tant que président du Groupement des Agriculteurs Bio de la Creuse (GAB23), a souligné la diversité de productions bio sur le territoire de la commune, « utile pour répondre aux besoins de la communauté et des consommateurs lambda qui font le choix d'une consommation correspondant à leurs convictions ».

Une diversité de production à soutenir, comme la diversité de commercialisation, entre la boutique d'Émergence bio, l'épicerie locale, le marché en été ou encore les initiatives citoyennes.

Un exemple à suivre, et c'est d'ailleurs une volonté de sensibilisation chère au groupement puisque la création d'un sentier pédagogique accessible aux handicapés est prévue pour l'an prochain, afin que chacun puisse découvrir ce site « où tout est valorisé et recyclé dans une boucle verte ».

À Émergence Bio, tout s’est construit autour du méthaniseur

Valoriser les déchets, c’est bien. Quand en plus cela permet de produire de l’énergie, c’est une économie circulaire qui a tout bon. Sur le site d’Émergence bio, le méthaniseur permet de produire l’électricité nécessaire pour chauffer les serres, les poulaillers, la boutique-bistrot-resto, mais aussi des séchoirs.

C’est l’un des seuls méthaniseurs en France qui fonctionne par voie sèche. Le principe est simple : à l’intérieur des quatre garages hermétiques, la matière sèche est rentrée, aspergée de liquide, et l’eau en passant dans le fumier fait remonter le gaz. C’est un peu la technique utilisée pour le gaz de schiste, « sauf que là il n’y a pas de dommages collatéraux, les garages sont hermétiquement fermés », assure Jouany Chatoux, qui gère le méthaniseur.

En consommant l’oxygène, la matière (90 % de fumier des vaches, ovins, porcins, paille abîmée, mais aussi déchets végétaux) en se dégradant crée du méthane, qui sert alors à produire de l’électricité. À chaque remplissage de garage, 250 tonnes de matières (nouvelles à 70 % et complétées à 30 % par le digestat sortant) sont traitées.

Tous les huit jours, un nouveau garage est vidé puis rempli à nouveau.
Le digestat sortant est lui aussi réutilisé et répandu sur les terres. Quand au gaz, il est envoyé dans un moteur semblable à celui d’un camion, qui récupère la chaleur pour le réseau du site, et une autre partie est envoyée au réseau EDF et revendue.

Quand les poulaillers et serres n’ont pas besoin de chaleur, elle est envoyée aux séchoirs qui servent aussi bien pour les céréales, le foin, ou les plaquettes forestières.

Virginie Lorthioir